Rencontre avec Rodrigue Kantati et PRIMACEN

La flore togolaise pour la prévention des maladies neurodégénératives

    Rencontre avec Rodrigue Kantati et PRIMACEN

    Announcement

    Pour cette nouvelle interview nous avons rencontré Rodrigue Kantati, Marine Pernes et Magalie Bénard, tous les trois impliqués dans une collaboration scientifique autour des neurosciences. Rodrigue a pu bénéficié d’un séjour sur la plateforme normande PRIMACEN (membre du nœud Normandie de France-BioImaging) dans le cadre du programme Imagine 4 All initié par Global-BioImaging.

    Dans cet échange, découvrez le projet de Rodrigue, comment s’est déroulée cette collaboration et ses ambitions futures!

    English-speaking readers, the interview can be found in English at the end of the article.

    Rodrigue, Marine et Magalie, pouvez-vous nous partager votre parcours?

    Rodrigue Kantati (R.K): Je suis un enseignant-chercheur togolais depuis 5 ans au département de Physiologie animale de la Faculté des Sciences de l’Université de Lomé (Togo).

    J’ai effectué un doctorat en Pharmacologie des Substances Naturelles, spécialité neuropharmacologie avec une thèse portant sur l’évaluation des propriétés neuroprotectrices de trois espèces de la flore togolaise, et co-dirigée entre les universités de Rouen Normandie (France) et de Lomé.

    En plus des cours magistraux dispensés aux élèves de Licence et de Master de l’Université, je mène des travaux de recherche au sein de l’unité SRU Physiopathologies-Substances Bioactives et Innocuité (PSBI). Je m’intéresse à la validation scientifique des plantes médicinales locales, celles dotées de propriétés neuroprotectrices, capables de faire face à des pathologies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, ou encore la mort neuronale consécutive à des situations d’ischémies cérébrales.

    Je travaille actuellement sur l’étude des propriétés neuroprotectrices de Sterculia setigera, une plante médicinale de la flore togolaise.

    Marine Pernes (M.P): Je suis diplômée depuis 2025 d’un Master sur les Biotechnologies et bioproduits pour la Santé, après avoir obtenu une Licence en Biochimie. Je travaille actuellement en tant qu’Assistante Ingénieure Inserm en expérimentation et instrumentation biologique à PRIMACEN depuis février 2026, plus précisément au niveau de la préparation des échantillons avant microscopie.

    Magalie Bénard (M.B): Je suis docteure en Biologie Cellulaire et spécialiste des Neurosciences, recrutée à l’Inserm en 2005 sur la plateforme d’imagerie de Rouen pour m’occuper de la partie photonique. Actuellement, je suis Ingénieure de Recherche Inserm et responsable de la plate-forme d’imagerie HeRacLeS-PRIMACEN. Je m’occupe plus particulièrement de la préparation des échantillons et des équipements de microscopie photonique pour le vivant.

    Rodrigue, comment avez-vous vécu le programme Imaging 4 All – Access Track?

    R.K: Des moments mémorables : chaque journée passée sur la plateforme PRIMACEN a été une journée de découverte et d’apprentissage, dans une atmosphère conviviale et stimulante!

    Magalie et Marine, pourquoi est-il important pour vous d’accueillir des bénéficiaires du programme Imaging 4 All?

    M.B et M.P: L’accueil de (futurs) collaborateurs du programme Imaging 4 All est très important pour nous afin de permettre aux bénéficiaires un accès aux équipements et aux technologies avancées et diversifiées peu accessibles dans leur environnement de travail actuel (pays africain). L’échange d’expertise est très enrichissant et il est toujours très intéressant de pouvoir partager nos connaissances et nos savoir-faire autour de projets comme celui de Rodrigue.

    Rodrigue, pourquoi avoir choisi la plateforme PRIMACEN?

    R.K: Je ne saurai vous dire si c’est moi qui ai choisi PRIMACEN ou si c’est PRIMACEN qui m’a choisi (Rires). La ville de Rouen en général, et ce depuis l’époque de ma mobilité doctorale Erasmus (2015-2016), m’a toujours porté chance. Je me sens très bien à Rouen, une sorte de connexion entre moi et cette ville extraordinaire. Enfin, je crois que je m’y suis toujours senti à l’aise parce que des gens formidables m’y ont toujours bien accueilli et bien encadré. Je voudrais donc dire merci au Dr David Vaudry (HDR, Inserm), ancien directeur de PRIMACEN et co-directeur de ma thèse de doctorat, et à toute la nouvelle équipe, notamment au Dr Magalie Bénard (ma collaboratrice sur le programme Imaging 4 All), à Mlle Marine Pernes son assistante, et à l’actuel directeur Dr Ludovic Galas.

    Sans cette collaboration, je n’aurais pas pu poursuivre mes travaux de recherche!

    L’Université de Lomé ne dispose pas encore du plateau technique pour cultiver des neurones et réaliser de l’imagerie sur les cultures neuronales.

    Neurones SH-SY5Y différenciés, issus de neuroblastomes humain, imagés en microscopie
    confocale.

    Triple marquage: En bleu – les noyaux cellulaires marqués avec le Hoesch;
    en cyan – les membranes et prolongements neuritiques marqués avec le
    Neurite Outgrowth Staining Kit;
    en jaune – les mitochondries marquées avec le LBL-Dye Mito 715.

    Magalie et Marine, comment la plateforme a-t-elle bénéficié de cette collaboration?

    M.B et M.P: Cette collaboration nous a permis d’avancer de manière significative sur un projet entre nos deux structures avec l’aide financière d’Imaging 4 All de Global Imaging. Mais elle fut aussi l’occasion de partager d’agréables moments et de travailler en commun pendant un mois avec un collaborateur que je connais depuis sa thèse réalisée à Rouen. Pour finir, cette collaboration fut aussi pour nous l’occasion d’intégrer Marine, tout juste arrivée sur la plateforme, à un projet complet, de la culture des cellules, leurs différenciations et leurs traitements à l’acquisition et l’analyse des images.

    Rodrigue, Magalie et Marine, en quoi cette collaboration a-t-elle enrichi vos approches scientifiques?

    R.K: Cette collaboration nous a permis d’approfondir les données existantes sur les propriétés neuroprotecteurs de Sterculia setigera, notamment en abordant au niveau cellulaire les mécanismes de la neuroprotection : la neuritogenèse et la dynamique mitochondriales, à l’aide de trackers et sondes spécifiques, et de l’imagerie en time-lapse et en très haute résolution.

    M.B et M.P: D’un point de vue scientifique, ce projet nous a permis de découvrir l’effet significativement protecteur d’un extrait de Sterculia setigera, issu d’un arbre d’Afrique. Nous avons pu visualiser par microscopie confocale avancée et mesurer cette action sur des neurones préalablement cultivés, et plus spécifiquement au niveau de la forme et de la dynamique des mitochondries.

    Rodrigue, Magalie et Marine, prévoyez-vous de poursuivre cette collaboration?

    R.K: Oui! C’est vital pour moi, car comme mentionné plus haut, le plateau technique local de l’Université de Lomé ne me permet pas d’avancées majeures en pharmacologie. Seules des collaborations de ce niveau peuvent me permettre d’exister en tant que chercheur en neurosciences, et de continuer par améliorer et affiner mes compétences en restant au contact de mes pairs en France, et au contact également des nouvelles technologies.

    À terme, ceci permettra d’une part de renforcer les échanges avec PRIMACEN, et d’autre part de faire émerger véritablement l’enseignement et surtout la recherche en Neurosciences-Neurobiologie à l’Université de Lomé.

    M.B et M.P: Oui! Nous restons en contact avec Rodrigue pour les étapes de valorisation des résultats qui ont été très concluants et nous travaillons sur l’élaboration d’une publication de ces résultats. Ce fut un réel plaisir de travailler avec Rodrigue et nous espérons avoir l’occasion de l’accueillir à nouveau dans un futur proche.