Rencontre avec Wiame Aissoug & Samira Benadda

    Rencontre avec Wiame Aissoug & Samira Benadda

    Announcement

    Le programme Imaging 4 All, porté par Global BioImaging, vise à favoriser l’accès aux technologies d’imagerie avancée et à encourager le développement de collaborations scientifiques internationales. La rencontre entre Wiame Aissoug, doctorante en biotechnologie, et Samira Benadda, responsable de plateforme de microscopie photonique à l’IBENS, illustre pleinement cette dynamique. Entre transfert de compétences, exploration de nouvelles approches et co-construction de projets, cet échange met en lumière le rôle central de la bioimagerie dans le rapprochement des communautés scientifiques et le développement de nouvelles expertises.

    Nous avons rencontré Wiame et Samira, qui nous ont fait le plaisir de répondre à nos questions pour mieux comprendre les enjeux et bénéfices de cet échange.

    English-speaking readers, the interview can be found in English at the end of the article.

    Pouvez-vous brièvement vous présenter ?

    [Wiame] Je suis ingénieure en biotechnologie et doctorante au Centre de Recherche en Biotechnologie (CRBt) et à l’Ecole Nationale Supérieure en Biotechnologie en Algérie. En parallèle de mon doctorat, je suis impliquée dans la mise en place et le développement d’une plateforme de bioingénierie dédiée aux technologies émergentes, notamment en microfabrication pour le développement de systèmes lab-on-chip, en bio-impression 3D et en bioimagerie avancée. Je suis également cofondatrice de la startup MIMIC-AL, dont l’objectif est de développer et diffuser ces technologies.

    [Samira] Ingénieure de recherche et responsable de la plateforme de microscopie photonique de l’IBENS, j’évolue dans cet univers depuis près de 20 ans. Cette solide expérience m’a permis de développer une expertise technique que j’ai toujours eu à cœur de partager avec la communauté scientifique. J’ai fait de la transmission de savoir le cœur de mon métier. Pour moi, l’expertise technique n’a de valeur que si elle est partagée. Aujourd’hui, en tant que co-coordinatrice du pôle Afrique de France-BioImaging, je mets ce savoir-faire au service de collaborations internationales comme le programme Imaging 4 All. Pour moi, la microscopie est avant tout un outil de transmission et d’ouverture, permettant de bâtir des ponts scientifiques durables et équitables.

    Wiame, sur quel projet de recherche travaillez-vous actuellement ?

    [Wiame] Dans le cadre de mon doctorat, je travaille sur le développement de biopuces (lab-on-chip) pour étudier l’édition génétique en conditions contrôlées. Ces dispositifs me permettent d’analyser le comportement cellulaire à l’aide de systèmes microfluidiques et de modèles 3D comme les sphéroïdes. Ce projet vise à mieux comprendre la dynamique cellulaire et à évaluer l’efficacité de ces systèmes dans des environnements proches du physiologique.

    En parallèle, sur le plan professionnel, je contribue à la structuration et au développement de la plateforme de bioingénierie, avec un focus sur le développement de systèmes lab-on-chip pour des applications biotechnologiques ainsi que l’intégration et l’optimisation des technologies d’imagerie.

    Comment avez-vous vécu le programme Imaging 4 All – Access Track ?

    [Wiame] C’était une expérience très enrichissante, autant sur le plan technique que scientifique. J’ai pu accéder à des systèmes d’imagerie avancée, tester différentes approches et échanger avec des experts. Cela m’a aussi permis de prendre du recul sur nos pratiques et d’identifier des axes d’amélioration pour notre plateforme.

    Samira, pourquoi est-il important pour vous d’accueillir des bénéficiaires de ce programme ?

    [Samira] Dès le lancement d’Imaging 4 All, j’ai souhaité m’y engager car c’est une opportunité unique de transformer l’équité Nord-Sud en action concrète. Pour moi, réduire le fossé technologique signifie offrir à nos collaborateurs africains un accès réel à des technologies d’imagerie les plus avancées.

    Mais au-delà de l’aspect technique, cet accueil est essentiel car il crée une réciprocité précieuse : en partageant notre expertise en microscopie, nous recevons en retour des perspectives scientifiques nouvelles et des problématiques de recherche différentes. C’est ce dialogue d’égal à égal qui fait la force de notre pôle Afrique au sein de France-BioImaging.

    Pourquoi avoir choisi une plateforme France-BioImaging ?

    [Wiame] France-BioImaging regroupe des plateformes reconnues pour leur expertise en imagerie avancée et leur accompagnement scientifique. C’était une opportunité idéale pour accéder à des technologies que nous n’avons pas encore sur notre site, tout en bénéficiant d’un encadrement technique solide, et pour intégrer notre plateforme dans un réseau international actif, en lien direct avec nos besoins en microscopie.

    Comment la plateforme a-t-elle bénéficié de cette collaboration ?

    [Samira] L’accueil de bénéficiaires du programme Imaging 4 All apporte des bénéfices concrets et immédiats à la plateforme. D’une part, cela nous pousse, nous ingénieurs, à perfectionner nos protocoles et nos méthodes de transmission pour former au mieux des experts externes. C’est un excellent exercice de montée en compétences pour l’équipe. D’autre part, en intégrant le réseau Global BioImaging, la plateforme affirme son rôle dans l’équité scientifique mondiale. Cela renforce notre mission de service public et notre engagement pour une science d’excellence, ouverte à tous.

    Wiame, en quoi ce séjour a-t-il fait avancer votre projet ?

    [Wiame] Ce séjour m’a permis de tester certaines approches sur des échantillons en lien avec mon travail, notamment en microscopie avancée et en expansion microscopy. J’ai également acquis des bases solides en métrologie et en évaluation des performances des microscopes, ce qui est essentiel pour garantir la qualité des données. Ces acquis sont directement utiles, à la fois pour mon projet de thèse et pour le développement de notre plateforme.

    En quoi cette collaboration a-t-elle enrichi vos approches scientifiques ?

    [Wiame] Cette collaboration m’a surtout permis de confronter nos approches à celles d’une plateforme plus spécialisée et d’avoir des retours concrets sur certaines pratiques. Les échanges avec les équipes m’ont aidée à mieux comprendre les limites de certaines technologies et à identifier des points à améliorer dans notre plateforme.

    [Samira] Cette rencontre a été un véritable enrichissement scientifique pour nous. Cette collaboration nous a permis d’explorer la thématique des biopuces, un domaine jusqu’alors inédit sur notre site. L’adaptation de nos équipements à ces supports miniaturisés a non seulement diversifié notre champ d’expertise technique, mais a également stimulé l’évolution de nos protocoles d’acquisition. Au-delà de l’échange humain, cette rencontre a enrichi notre offre scientifique en intégrant de nouvelles méthodologies qui pourraient être bénéfiques à nos utilisateurs.

    Comment Global BioImaging favorise-t-il des collaborations équilibrées ?

    [Samira] Global BioImaging favorise des collaborations équilibrées en transformant la relation technique en un véritable partenariat de pairs. Si la plateforme offre l’accès aux technologies de pointe avancées, le chercheur visiteur enrichit en retour le site d’accueil par des thématiques novatrices. Notre expérience avec le programme Imaging 4 All l’illustre parfaitement : l’introduction de la thématique des biopuces, inédite sur notre site, a stimulé l’évolution de notre offre. Ce programme assure une reconnaissance scientifique mutuelle et transforme une mobilité ponctuelle en une collaboration de recherche durable et équitable.

    Comment envisagez-vous la suite de cette collaboration ?

    [Samira] La suite de cette collaboration s’annonce ambitieuse grâce à notre sélection au PiTCH Program de l’AMI (Africa Microscopy Initiative). Ce programme nous permet de passer d’un échange technique ponctuel à un véritable partenariat pédagogique durable. Notre objectif est de co-construire un module de formation structuré en bioimagerie. En devenant acteurs au sein du réseau AMI, nous ne nous contentons plus de partager une technologie, nous souhaitons mettre en place ensemble un pôle de compétences local autonome afin de faire profiter durablement à l’ensemble de la communauté de chercheurs en Afrique.

    Samira, en tant que cofondatrice du pôle Afrique de FBI, comment ce type de collaboration contribue-t-il aux missions du pôle ?

    [Samira] Ce projet est le cœur même de notre mission : créer des ponts concrets et durables. Cette collaboration prouve que nos plateformes ne sont pas seulement des lieux de haute technologie, mais des hubs de coopération internationale. En passant de l’accueil Imaging 4All à la formation de mentors PiTCH de l’AMI par exemple, nous transformons une expertise locale en un levier d’autonomie pour nos partenaires africains. C’est ainsi que nous contribuons, pas à pas, à bâtir une communauté scientifique plus équitable.